Il existe de nombreuses périodes de 40 jours dans la Bible (la durée du déluge de Noé, la durée du séjour de Jésus dans le désert) et dans la liturgie catholique (40 jours d’Avent précèdent Noël, 40 jours après mènent à la Chandeleur/ la Présentation de Jésus au Temple, 40 jours de Carême précèdent Pâques, 40 jours après mènent à la Pentecôte). Dans la version originelle, les 40 jours avant et 40 jours après doivent avoir encadré le solstice d’hiver et représenté la « période sombre ».
Le déluge, le séjour dans le désert, l’Avent précèdent la nuit la plus longue de l’année. Puis trois jours après (la durée de séjour de Jésus au caveau) – nous sommes le 25 décembre – les jours commencent à allonger et le soleil renaît.
La présentation de Jésus au Temple est la réapparition du soleil de printemps. Connu comme la Chandeleur, on y associe la tradition culinaire des crêpes.
Cette tradition est renouvelée à travers le Mardi gras ou début du Carême, cette fois-ci 40 jours avant la date de Pâques, comme une sorte de double en miroir. Les crêpes ne sont plus 40 jours après mais 40 jours avant. Le calcul est lié à l’équinoxe et non au solstice. Les trois jours correspondent à la durée où le corps de Jésus reste au tombeau. La référence à un cycle est même plus explicite car Jésus ne se contente pas de naître, il ressuscite. Toutefois, il s’agit probablement d’une transposition car trois jours ne trouvent pas d’explication en rapport avec l’équinoxe, encore moins avec la date de Pâques, qui est plus précisément le dimanche suivant la pleine lune suivant l’équinoxe de printemps.
Cette référence à quarante jours existe aussi dans le monde celtique tardif, puisque dans le calendrier romain, la date de Samhain a été fixée au 1er novembre, soit quarante jours après l’équinoxe d’automne environ le 21 septembre, soit la fête celte de Mabon.
Les trois autres anciennes fêtes celtiques de Imbolc (1er février), Beltane (1er mai) et Lugnasad (1er août) ont lieu quarante jours après les fêtes de solstice et d’équinoxe de Yule (21 décembre), de Ostara (21 mars) et de Litha (21 juin).
On voit bien que les fêtes chrétiennes sont étroitement associées à ces fêtes celtiques, Imbolc étant devenue la Chandeleur ou présentation de Jésus au Temple, Yule Noël ou encore Ostara Pâques (qui garde dans les pays anglo-saxons le nom de Easter).
Toutefois, comme on l’a vu, la roue zodiacale des Celtes est inversée par rapport à la roue chrétienne et associe un signe avec la pleine lune dont il est le fond de ciel. A ce titre, la « Easter » ou Pâques chrétienne est probablement plus authentique (sinon ancienne) que la Ostara celte, car elle correspond à la pleine lune (ou le dimanche d’après) suivant l’équinoxe, tandis qu’Ostara est le jour-même de l’équinoxe.
Il s’ensuit que situer Ostara le 21 mars et Samhain le 1er novembre est une convention tardive, une réingénierie faite à partir du système chrétien. Ostara c’est Pâques sans la référence lunaire, tandis que la Samhain moderne hérite de la date du Jour des Morts.
Ces dates sont d’ailleurs des dates romaines, et non pas des dates celtes, et ont probablement une origine au 16ème siècle.
A l’origine, il n’existe que quatre fêtes celtes : Samhain, Imbolc, Beltane et Lugnasad. Elles ne correspondent ni à des solstices et des équinoxes, ni à « 40 jours après » car le calendrier celtique primitif est lunaire synodique (même si le nombre de demi-lunes correspond de loin à une année solaire, à 354 ou 355 jours). Les périodes sont des demi-lunes synodiques de quinze jours, dont les repères sont 24 constellations (comme dans les Védas), et on pourrait suggérer une origine arctique.
Le calendrier musulman ou les calendriers mythiques de la Rome primitive sont des calendriers lunisolaires synodiques à douze mois.
L’ancienne Samhain correspond ainsi à la pleine lune des Pléiades. Rapidement la précession a conduit les Celtes à adopter un calendrier plus en phase avec les saisons, le calendrier lunisolaire tropical à zodiaque inversé.
Avant le 16ème siècle, le monde connaît de nombreux calendriers lunisolaires à zodiaque inversé. Les premiers calendriers de ce type sont les nombreux calendriers celtiques. Certains zodiaques avec les signes traditionnels au 13ème siècle (dans certaines églises italiennes) comptent cependant encore 10 ou 11 signes.
Ce calendrier ajoute quatre sabbats mineurs correspondants aux pleines lunes après les équinoxes et les solstices aux quatre sabbats originels. Certains de ces sabbats mineurs deviendront les fêtes les plus importantes du catholicisme. Il n’est pas impossible qu’à ce stade, le Taureau représente l’équinoxe d’automne (le soleil sacrifié, présent dans la symbolique de Mithra entre autres). C’est l’époque du tétramorphe.
A Babylone (Russie), en Egypte et chez les Juifs, on affine les calendriers celtes, avec un zodiaque lunaire à douze signes, et le cycle métonique de 19 ans. Les semaines feront sept jours et il y aura douze mois lunaires.
Babylone et les Hébreux fêtent le début de l’année civile à la pleine lune suivant l’équinoxe d’automne, comme c’est le cas en France au 16ème siècle dans certaines communes. Mais le zodiaque ayant maintenant douze signes, l’équinoxe d’automne va correspondre peu ou prou au signe des Poissons en fond de ciel. Comme il était difficile de transposer les mythes du soleil sacrifié (le Taureau) aux Poissons, on leur associa le Bélier. La correspondance avec les constellations en fond de ciel n’était pas exacte, mais comme le calendrier était tropical, on arrima définitivement le zodiaque aux mois de l’année lunisolaire tropicale.
Il convenait aussi de fixer une date dans le calendrier celte lunisolaire tropical pour les anciennes fêtes de Samhain, Imbolc, Beltane et Lugnasad. Ces dates auraient dérivé dans le calendrier à mesure de la précession des équinoxes. C’est ainsi qu’on a pu s’accorder sur une période de quarante jours après les pleines lunes de solstice et d’équinoxe. Il s’ensuit que jamais le zodiaque contemporain n’a été le support d’un calendrier sidéral comme le proposent les défenseurs de l’astrologie sidérale. Ou alors ces quarante jours ont été ajoutés plus tard au système celte, comme une transposition des fêtes chrétiennes romaines.
Le calendrier julien est créé dans l’Ecumène au 16ème siècle, en même temps que la chronologie scaligérienne. Les mois lunaires « babyloniens » et les mois celtes sont remplacés par les mois romains. Joseph Scaliger aurait écrit dans les années 1580 que son père « Jules césar » Scaliger a inventé la période julienne en 1556.
Comme le calendrier julien n’est plus lunisolaire et tropical, mais solaire et tropical, la nouvelle Eglise catholique romaine va inverser la roue zodiacale. Easter (Pâques) qui correspondait à l’est – tant sur la roue qu’étymologiquement – va se retrouver à l’ouest, et les signes du zodiaque seront désormais associés non plus à la pleine lune mais au soleil levant. Ainsi le 0 degré du Bélier correspondra à l’équinoxe de printemps, le Cancer au solstice d’été, la Vierge à l’équinoxe d’automne, et le Capricorne au sosltice d’hiver. Ces changements ne perturberont pas les pays slaves, où l’astrologie était une pratique condamnée.
Il est probable que les références distinctes à la pleine lune (Pâques), à trois jours (Noël) et quarante jours aient existé dans le calendrier des fêtes lunisolaires antérieures.
Toutefois, il est à noter que la Pâques chrétienne va conserver son lien avec la pleine lune, puisqu’elle sera fêtée le dimanche qui suit la pleine lune suivant l’équinoxe de printemps.
La Samhain représente une version « équinoctiale » du mythe du soleil mourant au solstice d’hiver. Ici la pleine lune suivant l’équinoxe marque le passage aux nuits plus longues que les jours. Quarante jours plus tard, la Samhain représente le début des 80 jours sombres.
La Pâques chrétienne représente une version équinoctiale mais inversée de ce mythe. Il surgit une incohérence, car l’équinoxe de printemps n’est pas associée à un moment sombre de l’année.
Dans les versions modernes du calendrier celtique, la Samhain (1er décembre) est simplement placée quarante jours après l’équinoxe d’automne (Mabon, 21 septembre), et est calquée sur le Jour des Morts chrétien.
En revanche, Noël se contentera d’une simple référence solaire. On ajoutait trois jours après le solstice d’hiver pour s’assurer que les jours rallongeaient. C’est ainsi que la fête du nouveau soleil était fêtée le 25 décembre et non le 21 ou le 22. Par souci de coïncider avec la gestation, on fixa l’ « Annonciation » le 25 mars. En France, la date de début de l’année variait selon les régions : parfois à Pâques (dimanche suivant la PL suivant l’équinoxe de printemps), parfois à l’Annonciation (25 mars), parfois à Noël (25 décembre), parfois à l’équinoxe d’automne (le 23 septembre), parfois à la PL suivant l’équinoxe d’automne (comme dans les systèmes babylonien et celtique tardif).
En 1567, l’année commence pour la première fois le premier janvier dans toute la Gallia.
En 1582 a lieu le schisme grégorien. Les Eglises orthodoxes refusent d’y participer et conservent le calendrier julien.
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Très intéressant, je te remercie de l’avoir tagué.
En fait, je pense que ce concile de Nicée en 325 est une invention ad hoc. Les ouvrages polémiques des années 1580 qui défendent le nouveau calendrier grégorien ou s’y opposent parlent de « ne plus faire coïncider les fêtes chrétiennes et juives » ou d’abandonner le « nombre d’or » (qui fait référence au cycle métonique). Scaliger est le seul à mentionner le calendrier julien, mais il dit ailleurs qu’il a été inventé par son père Jules César Scaliger en 1556. Le 1er janvier est imposé comme début de l’année en France en 1567. Je suppose donc que c’est à ce moment-là qu’on a voulu aussi imposer le calendrier julien, mais que ça n’a pas pris.
La frange quartodécimaine de l’Eglise autour d’Irénée de Lyon suivait un calendrier liturgique juif. J’ai tendance à penser qu’ils n’ont pas pu être excommuniés avant 1560. Cela voudrait dire que la date de la Pâque chrétienne n’est pas calculée avant cette époque. La date simplifiée a du s’imposer rapidement.
La nécessité du calcul des dates de solstices et d’équinoxes s’expliquait mieux dans le contexte d’un calendrier lunisolaire.
Le choix d’une année civile alignée au plus près sur une année solaire permet justement de s’épargner ce calcul et de choisir une date fixe (trois jours de battement autour de la date retenue au maximum dans le calendrier grégorien). Ce n’est donc probablement pas une « erreur », mais un choix délibéré. C’est la même logique qui guide le passage des constellations vraies aux maisons dans le zodiaque : il n’y a plus à s’enquiquiner avec la taille des constellations, leurs limites imprécises, la précession…
Et pourquoi 40 jours ?
.. moi je me dis que ça viens d’un calendrier avec 9 mois de 40 jours + 5 jours épagomènes.
Ça marche pour une année solaire. Mais pourquoi 40 jours ? .. c’est pas en lien avec les périodes lunaires.
Encore un peu de mystère…. mais les nombre 40 (4 et 10) et 273 (27,3 jours de période synodale lunaire…. 4/pi = 1.2732…. ~ la racine du nombre d’or) se retrouvent régulièrement…
La lune et le soleil on le même diamètre apparent, mais ont un facteur 400 de taille et de distance.
Il y a un truc là.. mais quoi, j’ai pas encore trouvé.
Ca fait partie des articles « base de données ». Ca ne démontre rien, mais on peut piocher dedans quand on en a besoin.